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Transmettre un domaine à un client sans rien casser
Deux opérations différentes se cachent derrière le mot « transfert ». Faites-les dans le mauvais ordre et le nom est immobilisé deux mois. La bonne séquence est écrite noir sur blanc par l'ICANN et par l'Afnic ; presque personne ne la lit.
Ce que vous emportez : l'ordre exact des opérations, les délais réels de chaque registre, les dix contrôles à faire après, et le courriel de transmission au client.
« Transfert » veut dire deux choses
Changer de bureau d'enregistrement, c'est déplacer le nom d'un prestataire à un autre. Le titulaire ne bouge pas ; seule l'entreprise qui gère le dépôt change.
Changer de titulaire, c'est changer la personne ou la société au nom de qui le nom est enregistré. Le bureau d'enregistrement, lui, ne bouge pas.
Les deux opérations sont indépendantes, et se font souvent ensemble : vous rendez un domaine à un client qui veut aussi le rapatrier chez son propre prestataire. C'est exactement là que l'ordre devient décisif.
Le changement de bureau d'enregistrement se fait AVANT le changement de titulaire
La politique de transfert de l'ICANN, qui s'applique aux extensions génériques, impose au bureau d'enregistrement d'avertir le titulaire sortant que s'il compte finalement déménager le nom ailleurs, il doit demander le transfert entre bureaux d'enregistrement avant le changement de titulaire — faute de quoi il déclenche un verrou de soixante jours contre tout transfert.
L'Afnic dit la même chose pour le .fr : quand les deux opérations vont ensemble, elle recommande de procéder au changement de bureau d'enregistrement avant la mise à jour du titulaire.
Deux registres, deux textes, une seule consigne. Faites l'inverse et vous passerez les semaines suivantes à expliquer à votre client pourquoi son domaine ne peut plus bouger.
La séquence, du début à la fin
Elle suppose que vous avez accès au compte où le nom est déposé aujourd'hui. Si ce n'est pas le cas, c'est la page sur la propriété du domaine qu'il vous faut d'abord.
- 1
Notez l'état de départ
Bureau d'enregistrement, date d'expiration, titulaire affiché, serveurs de noms déclarés, et la zone DNS complète exportée dans un fichier daté. C'est votre point de retour si quelque chose tourne mal.
- 2
Vérifiez qu'aucun verrou n'est posé
Un nom peut être verrouillé contre le transfert à la demande du titulaire — une protection utile, qu'il faut simplement lever avant. Pour les extensions génériques, l'ICANN oblige le bureau d'enregistrement à retirer ce verrou, ou à fournir un moyen accessible de le retirer, dans les cinq jours calendaires suivant la demande du titulaire.
- 3
Vérifiez qu'aucun délai d'attente ne court
Toujours pour les extensions génériques : un transfert peut être refusé s'il est demandé dans les soixante jours suivant la création du nom, dans les soixante jours suivant un précédent transfert, ou pendant le verrou de soixante jours qui suit un changement de titulaire.
- 4
Récupérez le code d'autorisation
C'est le mot de passe qui prouve au nouveau bureau d'enregistrement que la demande vient bien du titulaire. Pour le .fr, l'Afnic impose au bureau d'enregistrement de le donner gratuitement au titulaire, et à lui seul, sur simple demande ; un manquement peut être sanctionné.
- 5
Lancez le transfert depuis le bureau d'enregistrement d'arrivée
C'est toujours le nouveau qui initie, jamais l'ancien. Vous lui donnez le nom et le code, il s'occupe du reste.
- 6
Laissez courir le délai sans rien toucher
Ne changez ni les serveurs de noms, ni la zone, ni les coordonnées pendant l'opération. Les registres refusent généralement toute autre opération pendant qu'un transfert est en cours.
- 7
Une fois le transfert terminé, changez le titulaire
Et pas avant. C'est ici, et seulement ici, que le nom passe au client.
- 8
Refaites le tour des contrôles
La liste est juste en dessous. Ne considérez rien comme terminé avant de les avoir tous passés, y compris ceux des jours suivants.
Les délais réels, par registre
Ce sont les durées écrites dans les textes des registres, pas des estimations. Votre bureau d'enregistrement peut faire plus vite ; il ne peut pas faire plus lentement sans être en faute.
| Ce qui se passe | Extensions génériques (.com, .net, .org…) | .fr |
|---|---|---|
| Qui lance le transfert | Le bureau d'enregistrement d'arrivée, avec l'accord du titulaire. | Le nouveau bureau d'enregistrement, la demande étant validée par le code d'authentification fourni par le titulaire. |
| Levée d'un verrou posé par le titulaire | Dans les 5 jours calendaires suivant la demande du titulaire. | Non prévu sous cette forme par le guide des procédures. |
| Silence du bureau d'enregistrement sortant | Sans réponse dans les 5 jours calendaires suivant la notification du registre, le transfert est approuvé par défaut. | Sans réaction dans les 8 jours suivant la notification, le changement se réalise à la fin de ce délai. |
| Opposition du bureau d'enregistrement sortant | Le refus n'est possible que dans une liste fermée de cas, et il doit être motivé auprès du titulaire et du bureau d'arrivée. | S'il s'oppose dans les 8 jours, la durée totale passe à 22 jours, au terme desquels l'opération se réalise quand même. |
| Effet sur la date d'expiration | Le transfert prolonge l'enregistrement d'un an, sans que le terme total puisse dépasser dix ans. | La date d'expiration est prolongée d'un an. |
| Changement de titulaire | Accord du titulaire sortant ET du titulaire entrant, recueilli par le bureau d'enregistrement via un mécanisme sécurisé. Verrou de 60 jours contre le transfert ensuite, sauf renonciation demandée avant. | Accord des deux parties recueilli par le bureau d'enregistrement, preuve horodatée conservée, opération effectuée dans un délai qui ne peut excéder 7 jours. |
Les extensions nationales ont chacune leurs règles : ce tableau ne vaut que pour les deux colonnes qu'il affiche. Pour un .be, un .ch ou un .io, c'est le registre concerné qui fait foi, et lui seul.
Les contrôles après le transfert
Un transfert réussi au registre n'est pas un transfert réussi pour le client. Ce qui casse, ce sont les à-côtés.
0 sur 10 points vérifiés
Ce qu'on ne fait jamais pendant un transfert
Changer les serveurs de noms
Un déménagement d'hébergement et un transfert de domaine sont deux chantiers. Menés ensemble, plus personne ne sait laquelle des deux opérations a cassé le site.
Laisser le nom approcher de son expiration
Un transfert lancé à quelques jours de l'échéance est un pari. Renouvelez d'abord, transférez ensuite : le transfert ajoutera son année par-dessus.
Couper le service « le temps que ça passe »
Le nom continue de résoudre pendant toute l'opération. Il n'y a aucune raison d'éteindre quoi que ce soit, et beaucoup de raisons de ne pas le faire.
Supprimer le domaine pour le reprendre proprement
Jamais. Pour le .fr, une suppression déclenche une période de rédemption de trente jours pendant laquelle aucune transmission ni aucun transfert n'est possible — et au terme de laquelle le nom retombe dans le domaine public, premier arrivé premier servi.
Le courriel de transmission au client
Il fait deux choses en même temps : acter la remise, et poser les deux réflexes de sécurité que votre client devra tenir tout seul.
Objet : [domaine] est maintenant à votre nom
Bonjour [prénom], C'est fait : [domaine] est désormais enregistré à votre nom, chez [bureau d'enregistrement]. Ce que ça change concrètement pour vous : — vous êtes titulaire du nom. Il vous appartient, et il vous suit quoi qu'il arrive entre nous ; — le compte chez [bureau d'enregistrement] est à votre nom et à votre adresse. Rangez l'accès quelque part de sûr : c'est la clé de tout le reste ; — la prochaine échéance est le [date]. [Précisez ici qui la règle et comment.] — je reste déclaré comme contact technique et je continue à m'en occuper comme avant. Deux choses à ne jamais faire, si un jour quelqu'un vous les demande par téléphone ou par courriel : communiquer le code d'autorisation du domaine, et valider une demande de transfert que vous n'avez pas lancée vous-même. Dans le doute, appelez-moi, même un dimanche. Je vous joins le relevé de la configuration actuelle, pour vos archives. [signature]
D'où viennent les chiffres de cette page
- ICANN — Transfer Policy : délai de 5 jours calendaires pour la levée du verrou et pour l'approbation par défaut (I.A.3.5 et I.A.3.7.4), refus possibles dans les 60 jours suivant une création ou un transfert (I.A.3.7.5 et I.A.3.7.6), verrou de 60 jours après un changement de titulaire et conseil de transférer avant (I.A.3.8.5 et II.C.1.3), prolongation d'un an dans la limite de dix ans.
- Afnic — Guide des procédures techniques et opérationnelles : délais de 8 et 22 jours pour le changement de bureau d'enregistrement, prolongation d'un an, accord des deux parties et délai de 7 jours pour le changement de titulaire, obligation de fournir gratuitement le code d'authentification, recommandation de transférer avant de changer le titulaire.
- Afnic — Guide pratique du titulaire d'un nom de domaine en .fr : période de rédemption de trente jours après suppression, pendant laquelle aucune transmission ni aucun transfert n'est possible.
Après un transfert, c'est le mois suivant qui trahit
Un enregistrement oublié, un renouvellement automatique jamais réactivé, une signature restée en plan : rien de tout ça ne se voit le jour même. DomainVigil relève l'état complet de chaque domaine et vous alerte dès qu'il s'écarte de ce qui est attendu.
Surveiller le domaine transféréSans carte bancaire. Le relevé complet arrive en quelques secondes.