Problème
Le domaine est au nom de l’ancienne agence
Le client croit posséder son nom de domaine, et c’est l’agence précédente qui y figure comme titulaire. Tant que ce n’est pas corrigé, c’est elle qui décide du sort du site, des e-mails et du renouvellement.
Deux opérations distinctes, dans cet ordre : faire passer le titulaire au nom du client, puis, seulement ensuite, transférer le nom vers votre registrar si vous le souhaitez. Les enchaîner trop vite déclenche un verrou de soixante jours qui bloque le transfert — et laisse le nom chez le registrar de l’agence que vous vouliez quitter.
À faire tout de suite
Quatre gestes. Aucun n’est urgent au sens d’une panne, tous le deviennent le jour où l’agence sortante cesse de répondre.
Établissez qui est réellement titulaire
5 minInterrogez le registre en
RDAP. Depuis le RGPD, les coordonnées du titulaire sont souvent masquées dans les réponses publiques ; le registrar, lui, est toujours visible, ainsi que les dates de création et d’expiration et les statuts posés sur le nom. Notez le tout : c’est le point de départ de la discussion, et il n’est pas discutable.Demandez le changement de titulaire, par écrit, à l’agence sortante
10 min à écrireUn changement de titulaire se fait chez le registrar actuel : vous n’avez pas besoin du transfert pour l’obtenir, et c’est l’opération qui compte vraiment. Formulez-la comme une opération nommée, pas comme une faveur. Mettez le client en copie : c’est lui le donneur d’ordre, et la présence de son nom change le ton des réponses.
Demandez ensuite le code d’authentification et la levée du verrou
5 jours d’attente maximumLe registrar doit fournir au titulaire le code d’authentification du nom et retirer le statut « clientTransferProhibited » dans les cinq jours calendaires suivant sa demande, s’il ne lui donne pas les moyens de le faire lui-même. Et il n’a pas le droit de refuser au seul motif d’un désaccord de paiement entre lui et le titulaire. Citez ces deux points si on vous fait attendre.
Vérifiez les verrous de soixante jours avant de lancer le transfert
2 minTrois situations bloquent un transfert pendant soixante jours : un enregistrement récent, un transfert récent, et un changement de titulaire récent. La date de création figure dans le registre ; pour les deux autres, vous les connaissez, ce sont vos propres opérations. Lancer le transfert sans regarder, c’est perdre deux mois.
Les trois verrous de soixante jours
Ils existent pour empêcher les détournements de noms, et ils se retournent contre vous si vous les découvrez après coup. Un seul des trois peut être évité, et seulement si on y pense avant.
- Soixante jours après l’enregistrement initialCe qu’il bloqueLe transfert vers un autre registrar.Comment on l’éviteOn attend. La date de création est publiée par le registre : regardez-la avant de promettre une migration.
- Soixante jours après un transfert de registrarCe qu’il bloqueUn nouveau transfert.Comment on l’éviteOn attend, ou on choisit le bon registrar du premier coup plutôt que de faire deux sauts.
- Soixante jours après un changement de titulaireCe qu’il bloqueLe transfert vers un autre registrar.Comment on l’éviteLe titulaire peut refuser ce verrou — mais seulement avant de demander le changement de titulaire. Après, il s’applique.
Source : ICANN, Transfer Policy (version publiée le 21 février 2024), sections I.A.3.8, I.A.3.9 et II.C. Le troisième verrou est le seul auquel on puisse renoncer, et la renonciation se demande avant l’opération, pas après. C’est la raison pour laquelle l’ordre des deux démarches compte autant.
Le mail à l’agence sortante
Le ton fait tout. Ni menace, ni excuse : une demande d’opération nommée, avec le client en copie et une date. Les demandes vagues restent sans réponse ; celle-ci est difficile à ignorer.
Objet : example.com — demande de changement de titulaire
Bonjour,
Je reprends le site de [client], qui me demande de régulariser la situation de son nom de domaine example.com. Le registre indique aujourd’hui votre société comme titulaire.
Je vous demande donc de procéder à un changement de titulaire vers [raison sociale du client], aux coordonnées suivantes : [coordonnées]. Cette opération se fait chez votre bureau d’enregistrement actuel et n’implique aucun transfert de votre part.
Merci également de nous transmettre le code d’authentification du nom et de retirer le statut de blocage de transfert, afin que [client] puisse choisir librement son bureau d’enregistrement par la suite.
[Client] est en copie de ce message et confirme la demande. Pouvez-vous m’indiquer d’ici le [date] la date à laquelle vous comptez réaliser l’opération ?
Bien cordialement,
Trois choses rendent ce message efficace : il nomme l’opération exacte (changement de titulaire, pas transfert), il précise qu’elle ne coûte rien à l’agence sortante, et il demande une date plutôt qu’un accord de principe. Le client en copie n’est pas de la pression, c’est la preuve que la demande vient du donneur d’ordre.
Les quatre malentendus qui coûtent le plus cher
Aucun n’est technique. Tous se paient en semaines.
Confondre titulaire et bureau d’enregistrement
Changer de registrar ne change pas le titulaire, et changer de titulaire ne change pas de registrar. Ce sont deux opérations, deux formulaires, deux effets. La seule qui protège le client est la première.
Croire que le WHOIS masqué cache tout
Depuis le RGPD, les coordonnées du titulaire sont souvent absentes des réponses publiques. Le registrar, lui, est toujours visible — et c’est par lui que tout passe. L’anonymat du titulaire ne bloque aucune démarche.
Accepter un refus motivé par un impayé
Un registrar n’a pas le droit de refuser le code d’authentification ou la levée du blocage de transfert au seul motif d’un désaccord de paiement avec le titulaire. C’est écrit dans la politique de transfert de l’ICANN, et le rappeler débloque souvent la situation en une réponse.
Lancer le transfert dans la foulée du changement de titulaire
C’est le piège qui coûte deux mois : le verrou se déclenche au changement de titulaire, et vous restez soixante jours chez le registrar dont vous vouliez partir. Demandez à y renoncer avant l’opération, ou prévoyez l’attente dans votre planning.
Pourquoi c’est arrivé
Sans mauvaise intention, la plupart du temps. Au démarrage d’un projet, quelqu’un doit acheter le nom rapidement ; l’agence a déjà un compte et une carte enregistrée, alors elle achète. Personne ne se pose la question de qui figure comme titulaire, parce que le jour de l’achat, ça n’a aucune conséquence visible.
Les conséquences arrivent trois ans plus tard, quand la relation s’arrête. Le titulaire est la seule personne qui puisse autoriser un transfert, changer les serveurs de noms ou renouveler le nom. Une agence sortante n’a aucune raison d’être malveillante, mais elle a mille raisons d’être lente : elle ne facture plus le client, personne n’est chargé du dossier, et la demande tombe dans une boîte générique.
S’ajoute une confusion de vocabulaire qui piège tout le monde : « c’est notre domaine, on le paie » n’est pas la même chose que « nous en sommes titulaires ». Payer la facture de renouvellement ne rend personne titulaire d’un nom de domaine.
Comment l’éviter la prochaine fois
Achetez le nom sur un compte au nom du client, avec son adresse et une adresse e-mail qui lui appartient, même si c’est vous qui faites les gestes et qui avancez les frais. Vous gardez l’accès, il garde la propriété, et la séparation du jour où vous vous quitterez est réglée avant d’avoir commencé.
Écrivez-le dans le devis, en une ligne : qui est titulaire, chez quel bureau d’enregistrement, et qui paie le renouvellement. Cette ligne vous épargnera un jour une discussion pénible avec un client qui n’a rien compris de travers — simplement personne ne le lui avait dit.
Et vérifiez le titulaire à chaque reprise de site, avant de signer. C’est une consultation de trois minutes qui vous dit si le dossier que vous reprenez contient une bombe à retardement.
Regardez ce que le registre publie sur ce domaine
Le bilan lit d’un coup le registrar, les dates, les serveurs de noms, le certificat et l’authentification des e-mails. Entrez le domaine du client : vous saurez en trente secondes chez qui il est et dans quel état.
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